SENSIBILITE ET VIRTUOSITE.
RECITAL, STEFAN CASSAR, THEATRE MANOEL.

Comme de nombreux passionnés de musique à Malte, j'attends toujours avec beaucoup d'impatience les retours sur scène de Stefan Cassar. Lors de sa dernière visite, il donna un récital qui fit forte impression... Gagnant encore en maturité, il a développé plus en avant ses nombreuses qualités musicales. Toujours aussi engagé, tumultueux au besoin, il ne se laisse pourtant jamais emporter, et tempère cette fougue par une profonde sensibilité qui contribua à faire de ce récital un réel enchantement.

Le programme, bien équilibré, débuta par la charmante Suite pour Piano No 3 en ré mineur HWV 428 de Handel. La technique irréprochable du pianiste alliée à la performance d'un piano moderne donnèrent à cette oeuvre écrite durant la période baroque une dimension et une sonorité que son compositeur n'aurait pu imaginer. La sonate Appassionata de Beethoven fut marquée par un ton grandiose et tragique omniprésent qui plana sur l'ensemble de l'oeuvre, y compris l'andante con moto pourtant relativement bref. A aucun moment la déferlante de notes du troisième mouvement ne perdit en clarté, révélant de manière spectaculaire toute l'aisance technique du pianiste.

Avec son incursion dans le monde musical de Debussy et l'interprétation méticuleusement élégante qu'il proposa de L'Isle Joyeuse, Mr Cassar mit en valeur ses affinités avec la musique française. L'oeuvre suivante, la Ballade No 1 en sol mineur, Op.23 de Chopin se révéla également convaincante. Superbement romantique, chaleureuse et tendue, lyrique et fluide, d'une sonorité très claire, la prouesse technique que constitue l'exécution de cette Ballade prépara l'auditoire pour le tour de force final de la soirée : l'interprétation de Après une Lecture de Dante - Fantasia quasi sonata de Liszt. Ce fut une exécution puissante, presque écrasante. La virtuosité brillante du pianiste et sa puissante force de projection ont sans doute été aussi épuisantes pour lui qu'elles se révélèrent enivrantes pour le public.

AGS, traduction : Cédric Rainaud

 


 
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